Bonjour à vous,
et surtout bonne rentrée à ceux qui reprennent… je compatis!
Voici comme prévu le récit de mes pérégrinations dans le grand Nord… tropical! Cétait le mois de Juillet, l’hiver Australien était bien là: nuits et matins glacés. Comme la couette ne suffit pas, on a donc quelques chauffages électriques à brancher dans les chambres pour éviter les réveils grelottants mais la chaleur ne reste jamais longtemps car aucune maison n’est isolée ici, priorité à la ventilation pour les mois d’été caniculaires. A Sydney le temps alternait entre une semaine beau temps et une semaine pluie en continu, les collègues français étaient partis faire du tourisme en famille et la rentrée, ma rentrée à moi, (c’est à dire début Août) approchait à grands pas. J’avais donc envie de changer d’air et d’aller vadrouiller aussi. Je me suis décidé comme souvent au dernier moment et dans le plus pur imprévu: j’ai filé chez une agence de voyages pour backpackers (les routards qui partent explorer l’Australie avec un visa valide un an, permis de travail compris afin de s’arrêter le plus souvent dans les fermes pour cueillir des fruits et gagner quelques dollars pour continuer leur voyage). J’ai donc consulté les vendeurs d’aventures et je suis sorti au bout d’une heure avec une aventure bien à moi et au meilleur prix. Je me suis étonné moi même d’avoir réussi à marchander comme un vrai vendeur de poissons (sûrement le fruit de toutes ces petites expériences dans la vente ces derniers mois… mais ceci est une autre histoire!).
Depuis un certain temps déjà à la télé et dans les journaux on ne parlait que de l’arrivée du Pape, de tout ce qu’il fallait prévoir pour la sécurité et la circulation des gens en ville. Et puis un jour elles sont enfin arrivées… les JMJ! Mais ma foi, ma foi ne fut pas assez grande pour aller déambuler dans les rues avec tous ces gens pieux en T-shirts, casquettes et sacs à dos jaune et rouge. D’autant plus que mon départ tombait en plein dans la semaine des festivités. Je suis donc parti de la maison un jeudi, mon sac de cours bourré de tout ce dont j’aurais besoin pour une semaine d’aventure, je remercie au passage les coutures qui ont bien voulu résister à la pression interne et ont bien voulu dissuader le sac d’exploser! J’avais deux solutions: monter dans le train depuis chez moi et arriver directement à l’aéroport (et en avance pour une fois) ou alors pousser à pied jusqu’au port à Circular Quay pour prendre le train là bas et voir au passage l’arrivée du pape. Je ne sais par quel élan de piété ou de curiosité… j’ai choisi la deuxième solution! Ca fait toujours plaisir de voir l’opéra quand il fait beau, et au fond c’est pas tous les jours qu’un Pape viens chez vous! J’ai donc marché dans les rues vides de voitures jusqu’au port où Benoît devait débarquer après un accueil officiel célébré par la communauté aborigène (accueil où à ma grande déception les membres du bas peuples et les immigrés comme moi n’étaient pas invités
…) suivi d’une mini croisière dans la baie à l’aide de la papamobile insubmersible! Une fois arrivé au lieu des festivités j’ai pu me rendre compte de la variété de la foule amassée sur les quais et collée aux rembardes qui protègeaient le passage de monsieur le Souverain Pontife. J’ai du rester là 20 min histoire de m’impregner de l’ambiance: un écran géant était posé sur l’herbe et annoncait les étapes du parcours de M. Seize. Des gens calmes, d’autres impatients et surexcités comme cette mère latino-américaine à côté de moi qui s’est empressée de traîner son fils auprès d’un cardinal (ou en tout cas un homme tout de violet vêtu, mais l’habit fait-il le cardinal?) qui se tenait près de là pour qu’il bénisse l’enfant. La tension était palpable sur les quais car le pape devait accoster bientôt. Mais Mister Seize était loin d’être à l’heure j’ai donc du quitter Sydney ensoleillée, sa foule et ses bondieuseries car le destin m’attendait ailleurs!
*Jour 1:
Je commence à bien connaître le trajet en train du port à l’aéroport, puis le traditionel débouclage de ceinture avant de traverser les rayons x en se tenant le froc tant bien que mal! Direction plein Nord, l’état du Queensland, survol de Brisbane puis du tropique du capricorne pour atteinde la côte Whitsunday (Whitsunday c’est la Pentecôte) face à la barrière de corail. Quelques petites inquiétudes dans l’avion de la compagnie low cost notamment à la vue des hôtesses qui se cramponaient dans une zone de turbulences un peu plus fortes que d’habitude et qui ont manqué de s’étaler dans l’allée centrale, ainsi que cet atterrissage de brute, rien à voir avec les atterrisage de velours des longs courriers. Mais nous en sommes tout de même sortis vivants. On a posé le pied sur le petit aéroport de Proserpine à la nuit tombée. De là un bus a déposé chaque voyageur dans son hotel. Certains descendaient au luxueux "Club Crocodile" avec piscine jacuzzi spa massages et j’en passe… Pour ma part je crêchait dans un modeste backpacker à Airlie Beach, une minuscule ville sur la côte d’où partent les bâteaux de croisière pour les îles Whitsundays, ma première étape! Un petit tour sur la plage plongée dans la nuit et puis hop au dodo.
*Jour 2:
Le lendemain le soleil, la chaleur et le ciel bleu étaient au rendez-vous, j’avais changé de saison en quelques heures d’avion! J’en ai donc profité pour découvrir la côte au grand jour et taper un peu la bronzette. Si seulement je ne m’étais pas étalé cette crème bizarre sur la figure… je ne sais pas ce qu’il y avait à l’intérieur mais je me suis retrouvé avec les mains et la face orange carotte pendant une semaine! Enfin après avoir fait le homard pendant quelques heures j’ai rejoint la marina où m’attendait le Pégasus, un vieux trois mâts prêt à accueillir une trentaine de jeunes backpackers de tous horizons. Pendant que le voilier mettait le cap sur les îles tout le monde faisait un peu connaissance, pas de français mais des québecois fort sympathiques. Si parfois l’accent pose des problèmes de compréhension, tout l’art de parler aux quebecois réside dans le maintien de son sang-froid, on serait bien embêté de vexer des gens aussi charmants par un vulgaire fou rire! Des hollandaises, des anglais, des américains et bien d’autres pays étaient réunis sur le même bâteau pour trois jours de croisière. Je partageais ma cabine avec des écossais. Pour loger tout ce monde le moindre centimètre carré est économisé, pour chaque lit un étroit matelas de 50cm de large adossé au mur comme une étagère sur lequel il fallait se glisser car l’espace entre deux lits superposés ne permettait pas de se tenir assis. Chaque recoin de couloir, chaque banquette était utilisée pour loger un dormeur de sorte qu’on puisse vivre à trente sans problèmes. A la guerre comme à la guerre, la vie à bord nécessitait de se plier aux règles de rationnement: pas de douche de plus d’une minute montre en main, pas plus d’un bac d’évier d’eau pour nettoyer la vaisselle des trente passagers et pas plus de trois feuilles de papier par passage aux toilettes! sans quoi il aurait fallu retourner illico au port car aucune des 74 îles de l’archipel n’a de source. Quelques heures après le coucher de soleil le bâteau a jeté l’ancre entre deux iles et le barbecue à la poupe fut allumé afin de griller quelques saucisses de kangourou. Puis tout le monde s’est endormi aidé par le balancement presque imperceptible du Pegasus.
*Jour 3:
Mon lourd sommeil fut arrêté net par le beuglement du patron derrière le gouvernail: BREAAAAAAKFAAAAAAAAAAAAAAAAST !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Le bâteau était déjà en route et faisait cap sur la plus grande île, Whitsunday Island. Après le p’tit dej sur le pont le bâteau s’est arrêté dans une petite baie deja occupée par d’autres bâteaux de croisière tous plus luxueux les uns que les autres. A côté nous on faisait un peu coquille de noix! Qu’à cela ne tienne, l’île nous attendait: le petit zodiac que l’on trainait a l’arrière du bateau depuis le départ fut réquisitionné pour nous débarquer sur le rivage coralien et caillouteux. Nous voilà donc partis sur le sentier qui s’enfonçait immédiatement dans la forêt épaisse qui recouvre l’île. Ce n’est qu’une fois atteint le sommet que nous pûmes découvrir ce que cachait l’autre versant de la colline: une immense plage de sable immaculé formant avec d’autres îlots une enceinte naturelle où des bancs de sable couleur neige zebraient la mer turquoise! De Whitehaven Beach (plage du refuge blanc) nous avons poursuivi notre route dans les îles pour aller passer l’après midi dans une crique à observer les coraux tels les snorkis avec palmes et tuba. Après un petit tour de plongée en bouteille nous sommes repartis trouver un coin face au soleil couchant pour passer la nuit. C’est à ce moment du voyage que nous avons fait la rencontre impressionante et inoubliable d’un des plus grand animaux de cette planète! La nuit est tombée, le bâteau mouillait près d’un îlot aux flancs escarpés et on attendait le dîner allongés sur le pont, la tête dans les étoiles. C’était notre dernière nuit a bord du Pegasus et les gentils organisateurs étaient décidés à faire la nouba. Après le dîner l’ambiance était aux jeux: pendant que les anglais s’adonnaient à un étrange jeu de baffes dont les règles m’échapent encore, j’étais aux jeux de cartes à l’intérieur en compagnie des francophones d’Amérique un peu émêchés qui m’ont appris une charmante ritournelle de leur pays: "jfais pipi sur le gazon, pour embêter les coccinelles, jfais pipi sur le gazon, pour embêter les limaçons". Certains ont passé la nuit à se lancer des défis douteux allant du strip tease au plongeon tout habillé dans les eaux sombres. Le pire fut d’entendre hurler de terreur la chef cuisto et un passager anglais qui se débattaient dans l’eau au milieu de tranches de pain de mie que certains avaient balancées depuis le pont pour attirer les poissons-chauve-souris, ces gros poissons gris, ronds, plats et à l’aspect gélatineux qui bouffent tout ce que l’on veut bien leur balancer. Puis les G.O. du navire nous ont rassemblés sur le pont et divisés en deux groupes alignés de chaque côté du bâteau. Le but pour nous à babord était de battre le groupe de tribord dans des courses rocambolesque comme par exemple transporter une pièce de 50 cents d’un bout à l’autre du bâteau en ne s’aidant que de ses muscles fessiers! Tous ces gigotements absurdes ont servi malgré tout à finir de rapprocher les membres de l’equipage qui ne se connaissaient pas deux jours auparavant, et à passer une bonne nuit.
*Jour 4:
Lever de bonne heure, le temps d’avaler quelques cérales et hop c’est reparti: on enfile la combi, le masque, le tuba et les palmes et plouf à l’eau. Cette fois pas de zodiac, il faut nager dans les eaux profondes pour atteindre le rivage en faisant abstraction des ces répugnants poissons-chauve-souris. Mais l’effort en vaut la peine, les rochers fourmillent de poissons colorés. Tout le monde remonte à bord après une bonne heure de safari sous-marin puis retour à la marina d’Airlie Beach. Il était temps, un gros rhume s’annonce. La journée est courte, à peine arrivé au backpacker que je m’endors cloué au lit et bourré de médicaments. Dans le dortoir douze personnes c’est un véritable concert: Un type emet des ronflements tonitruants à se faire éclater les tympans, un fille ricane bêtement en se moquant de celui qui ronfle, le lit en dessous du mien grince sans arrêt et est malheureusement occupé par un couple qui n’a decidément pas envie de dormir, le tout couvert par mes reniflements réguliers!
*Jour 5:
Après une nuit mémorable me voilà reparti vers le nord, dès potron minet je monte à bord du bus en partance pour Cairns. Au programme: de la route, de la route, et encore de la route parmi les champs de canne à sucre. Heureusement le bus est équipé d’une télé, l’occasion de voir un excellent film "Secrets de famille" avec Rowan Atkinson (Mr Bean), l’histoire d’un pasteur anglais dont la famille est en déroute. Une gouvernante fraîchement engagée est décidée à remettre de l’ordre, mais la vieille dame a des solutions plutôt drastiques et élimine les gêneurs à coups de pelle ou de fer à repasser! Le second film en revanche était un peu faible, (culcul serait peut-être un adjectif plus adapté): Deux gamines découvrent une sirène dans la piscine de leur hôtel en bord de mer. Et chouette elles deviennent copines! Mais manque de bol la sirène veut découvrir l’amour! Elle transforme donc sa queue de poisson en jambes (c’est plus pratique pour draguer!) et les deux gamines lui arrangent un coup avec un surfeur kéké du coin. Mais attention il faut qu’elle lui donne un baiser d’amour avant le troisième coucher du soleil sinon… Andersen doit se retourner dans sa tombe et crier plagiat par la même occasion! Mais grâce tout ça le temps est passé plus vite et le rhume aussi, ce qui m’a permit d’aller faire un tour dans les rues de Cairns à la nuit tombée avant de regagner un dortoir 4 personnes bien plus tranquille que la veille.
*Jour 6:
C’est à bord d’un minibus que j’ai repris la route le lendemain matin. Notre destination: Cap Tribulation. La route longe la côte au dessus de Cairns et s’enfonce dans la forêt humide. C’est la dernière région au nord disposant d’electricité avant les terres sauvages (encore en partie inexplorées) du Cap York où seuls vivent quelques communautés Aborigènes et où s’aventurent parfois quelques explorateurs affirmés. Pour arriver au cap Tribulation il faut d’abord traverser la rivière Daintree sur une sorte de bac coulissant sur un cable. Le temps que le bus s’achemine de l’autre côté de la rive un bâteau nous emmène observer les crocodiles qui infestent les eaux de la région. Notre guide chauffeuse nous fait ensuite explorer la forêt marécageuse avant de nous déposer dans notre auberge perdue parmi les palmiers. Le cap Tribulation n’est qu’à deux pas. Il y a plusieurs façons de découvrir les environs, je choisis la voie des airs! Après une folle après midi d’accrobaties de primate je regagne la terre ferme et un lit douillet.
*Jour 7:
Je suis réveillé par la pluie qui s’abbat sans discontinuer sur le toît en tôles du dortoir. Je dois partir le matin en kayak de mer malheureusement la pluie trouble l’air et l’eau et rend l’exploration dangeureuse. Je me rabat donc sur la forêt humide qui porte très bien son nom ce jour là, étant déjà trempé de la tête aux pieds je tente quand même un denier tour dans la végétation luxuriante et ruisselante en espérant rencontrer un casoar, ce gros oiseau de type autruche avec un casque osseux sur la tête. Mais la recherche tient de la chasse au dahut, pas de casoar. Tant pis… ou tant mieux car les légendes racontent que le casoar aime courser les touristes et que le seul moyen de le repousser est de lever les bras bien haut pour se faire plus grand que lui! Le bus reprend la route vers Cairns dans l’après midi et réussit à traverser les rivières qui débordent et envahissent les ponts et menacent comme souvent de bloquer l’accès au cap pour plusieurs jours. Nous arrivons cependant sains et saufs à Cairns, une ville où l’on entend parler français à chaque coin de rue. Un petit sushi avec deux compatriotes franchouillardes de Strasbourg rencontrées dans le bus et retour dans mes quartiers au Bohemia Hotel.
*Jour 8:
Encore un dernier lever aux aurores pour prendre la mer et rejoindre la grande barrière de corail au large de la ville. J’embarque donc sur un petit bâteau à moteur avec a bord une quinzaine d’espagnols en stage de plongée. Il fait un temps magnifique mais la mer est agitée. Comme l’excursion doit être bouclée en fin d’après midi le temps est compté, le bâteau mets donc les gaz et se transforme en hors bord, au début c’est marrant on penche de 90° à droite puis de 90° à gauche toutes les deux secondes, on se croirait dans une fête foraine, mais quand le capitaine annonce qu’ils nous reste près de deux heures avant d’atteindre le récif je blêmit. A chaque balancement une autre masse d’eau s’abat sur les passagers assis sur les côtés, on est trempés jusqu’aux os, on claque des dents mais je préfère mon sort à ceux qui se tordent le ventre à l’arrière du bâteau. Soudain la mer devient plus calme, on arrive au niveau des récifs qui font barrière aux vagues. Le bâteau jette l’ancre, j’enfile une combinaison car on est en pleine mer et l’eau est froide. Me revoilà sous l’eau un appareil photo étanche dans chaque main, les coraux sont bien plus en forme et colorés que dans les eaux chaudes des Whitsundays, je bombarde donc de photos cette merveille menacée avant que la mort blanche ne la réduise en poussière et je me faufile une dernière fois entre les poissons avec la sensation bizarre de nager dans un mètre de fond tout en étant perdu au milieu de l’océan. A bord on nous sert un solide repas et une soupe bien chaude et le bâteau prend le chemin du retour avec dieu soit loué moins d’encombres qu’à l’aller! Je m’envole de Cairns au soleil couchant, épuisé mais content, ici s’achève la véritable histoire de mon aventure dans le grand nord!